Gordon Murray T.50s Niki Lauda: le record GT3 du tour tombe à Bahreïn
Alors que les constructeurs grand public inondent le marché de véhicules électriques anonymes au poids démesuré, Gordon Murray rappelle ce que peut être une vraie démarche d’ingénierie. Une séance d’essais sur le circuit de Bahreïn, le 4 mars 2026, a tourné à la démonstration, au point de frôler l’humiliation publique pour l’establishment moderne de la course.
Le prototype T.50s Niki Lauda, orienté piste, de Gordon Murray Automotive ne s’est pas contenté de signer un tour rapide. Il a effacé un record du circuit en catégorie GT3 qui tenait depuis 2001, en l’améliorant de sept secondes.
Violence mécanique à l’ère du numérique
À une époque où les services marketing vendent des « expériences » via des écrans et des menus logiciels, Murray propose quelque chose de bien plus physique. La T.50s exige davantage du pilote qu’un simple appui sur un bouton.
Au volant lors de cet essai, Dario Franchitti, quadruple champion d’IndyCar. Son tour a confirmé que les lois de la physique continuent de récompenser ceux qui savent les plier, surtout quand la voiture n’embarque pas la masse supplémentaire des systèmes hybrides modernes.
Une ingénierie radicale axée sur la légèreté
Les ingénieurs de GMA ont conçu l’auto autour d’une monocoque en fibre de carbone entièrement nouvelle. La T.50 de route suit déjà une philosophie puriste, mais la version piste Niki Lauda pousse cette idée à l’extrême.
Résultat, la voiture affiche moins de 900 kilogrammes, une fraction de ce que transportent de nombreuses sportives modernes.
La puissance provient d’un V12 Cosworth atmosphérique de 3,9 litres, donné pour 772 ch. Le rupteur n’intervient qu’à 12 100 tr/min, un chiffre qui aurait semblé extravagant il n’y a pas si longtemps.
À l’arrière, l’un des éléments les plus marquants: un ventilateur de 400 millimètres aspire l’air sous la carrosserie et « plaque » la voiture au sol, générant jusqu’à 1 200 kilogrammes d’appui.
Ce niveau dépasse la masse de l’auto. En théorie, la T.50s pourrait rouler au plafond d’un tunnel, à condition que le pilote supporte les contraintes sur ses organes internes.
Une boîte séquentielle Xtrac à six rapports enchaîne les vitesses avec une efficacité implacable, au point de rendre l’idée d’une boîte manuelle traditionnelle presque désuète en comparaison.
La vitesse par la simplicité
Gordon Murray répète souvent que le chrono n’est pas sa priorité. La réalité raconte une histoire légèrement différente.
Quand une voiture est extrêmement légère et que son moteur prend des tours librement avec une inertie minimale, la vitesse vient naturellement. Cette philosophie porte un coup discret mais appuyé aux hypercars hybrides d’aujourd’hui.
Des machines comme la Mercedes AMG One s’appuient sur des logiciels complexes, une gestion d’énergie sophistiquée et des systèmes de refroidissement élaborés. L’équipe de Murray a choisi une autre voie, en se concentrant sur des solutions purement mécaniques.
Un chef-d’œuvre de collection
D’un point de vue commercial, le projet frôle la perfection. Les 25 exemplaires prévus ont tous été vendus avant même la première apparition publique de la voiture.
Le prix dépasse 3 millions d’euros, un montant qui ne reflète pas seulement l’exclusivité. Les voitures construites autour d’un V12 atmosphérique hurlant et d’une ingénierie de légèreté extrême ont peu de chances de survivre aux futurs cadres réglementaires.
Pour les acheteurs, la T.50s fige un instant d’une époque où brûler de l’essence pouvait encore être considéré comme un art, plutôt que comme une faute politique.
Une leçon pour l’industrie
La technologie de la T.50s porte un enseignement plus large pour les ingénieurs automobiles. Murray montre que l’innovation ne vient pas toujours de batteries plus grosses ou de couches logicielles toujours plus compliquées.
Parfois, elle naît de matériaux avancés et d’une gestion intelligente des flux d’air.
Alors que les infrastructures de recharge continuent de se développer lentement sur de nombreux marchés, la T.50s rappelle qu’un moteur thermique brillant et une aérodynamique intelligente offrent encore une forme d’indépendance qu’aucune borne de recharge rapide ne peut, pour l’instant, égaler.