Le développement d’Opel et d’Alfa Romeo se déplace vers la Chine
Stellantis discute avec le chinois Leapmotor pour développer un nouveau SUV électrique sous la marque Opel, en s’appuyant sur la technologie de son partenaire et avec une production prévue en Espagne. Plus important encore, des discussions préliminaires ont aussi commencé autour d’un futur modèle Alfa Romeo reposant sur la même architecture, signe de la rapidité avec laquelle l’industrie automobile européenne se tourne vers l’ingénierie chinoise pour réduire les coûts et accélérer le développement.
Selon Reuters, le projet le plus avancé concerne un SUV électrique Opel portant le code interne O3U. Le plan prévoit que le modèle utilise la base technique de Leapmotor, partage son architecture avec le SUV compact Leapmotor B10 et soit assemblé dans l’usine Stellantis de Saragosse, en Espagne. Le lancement en production est visé pour 2028, avec un volume annuel d’environ 50 000 exemplaires.
Stellantis cherche à réduire le coût de développement d’un nouveau modèle électrique et à raccourcir son délai de mise sur le marché. Le groupe reconnaît avoir été trop optimiste sur le rythme de la transition électrique et procède désormais à des dépréciations en conséquence. En parallèle, il doit défendre ses parts de marché en Europe face à la pression de BYD et d’autres constructeurs chinois, tout en améliorant le taux d’utilisation de ses usines. Opel a représenté environ 21 % des ventes européennes de Stellantis en 2025, ce qui donne à la marque un poids suffisant pour que ce type de raccourci technique apparaisse stratégiquement cohérent.
Le point le plus sensible concerne l’ampleur du travail qui serait effectivement transféré en Chine. Reuters indique que Leapmotor fournirait les technologies de base, ainsi que les principaux systèmes électroniques et électriques, tandis qu’Opel se chargerait du dessin extérieur. Selon une source, une part importante du développement aurait lieu en Chine. Il ne s’agit donc plus seulement d’acheter des composants. Cela renvoie à une possible dépendance à une plateforme chinoise, à des logiciels chinois et à des capacités de développement chinoises.
Le volet Alfa Romeo en est encore à un stade plus précoce, mais il pourrait s’avérer tout aussi important. Reuters rapporte que Stellantis a entamé des discussions préliminaires sur un possible modèle Alfa Romeo utilisant la même architecture et la même usine de Saragosse, en partie pour optimiser les capacités de production. Autrement dit, le projet Opel pourrait ne pas rester une expérience isolée. Il pourrait devenir le modèle par lequel Stellantis commencerait à habiller de badges européens une technologie chinoise à bien plus grande échelle.
L’accord n’est pas encore conclu et les commentaires officiels restent prudents. Stellantis a seulement confirmé qu’il existe des contacts réguliers entre les partenaires au sujet d’un élargissement de leur coopération, sans entrer dans les détails. De son côté, Leapmotor a indiqué discuter avec Stellantis et d’autres partenaires de la fourniture de composants développés en interne, tout en assurant n’avoir aucun projet de collaboration au niveau des plateformes. Cette contradiction est révélatrice. Elle suggère que le projet est probablement assez concret, mais que son périmètre final reste encore en négociation.
Plus largement, ce possible basculement souligne une réalité inconfortable pour l’industrie automobile européenne. Si Opel, puis peut-être Alfa Romeo, commencent à s’appuyer sur une architecture Leapmotor, les constructeurs chinois ne progresseront plus en Europe uniquement sous leurs propres logos. Ils commenceront aussi à façonner la substance technique des anciennes marques européennes. Stellantis pourra conserver le design, le marketing et les usines, mais une part croissante de la chaîne de valeur se déplacera vers l’endroit où le développement est plus rapide et moins coûteux.