KTM 300 EXC Hardenduro
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KTM rattrapée par des accusations sur les émissions de ses enduros

Auteur auto.pub | Publié le : 01.06.2026

KTM fait face à de lourdes accusations en Europe après une enquête internationale affirmant que certaines motos d’enduro KTM, Husqvarna et GasGas auraient été livrées à des clients en version débridée, alors que leurs documents les présentaient comme conformes aux règles sur les émissions et le bruit. KTM rejette ces accusations, mais l’affaire tombe mal pour la marque autrichienne, encore en phase de redressement après sa récente crise financière.

Une enquête pointe un débridage systématique

Une enquête coordonnée par Climate Whistleblowers et publiée par Le Monde, El País, Der Spiegel, DeSmog et d’autres médias européens affirme que des modèles d’enduro KTM auraient obtenu leur réception par type en configuration bridée, avant que des concessionnaires ne retirent ces restrictions avant la remise au client ou peu après la vente. L’enquête concerne au moins 16 modèles d’enduro dans les gammes KTM, Husqvarna et GasGas.

Le mécanisme présumé repose sur deux réalités. Sur le papier, la moto fonctionne dans une configuration homologuée et autorisée sur route. Dans les faits, le client pourrait recevoir une machine sur laquelle le concessionnaire a retiré ou modifié des éléments liés au contrôle des émissions et du bruit, notamment la sonde lambda, le catalyseur, des brides d’air ou d’admission et le logiciel de gestion moteur. Selon DeSmog, des concessionnaires ont déclaré aux enquêteurs que KTM connaissait cette pratique et fournissait aux points de vente des pièces ainsi qu’une formation.

Le problème n’est pas seulement juridique, il est aussi mécanique

Les motos d’enduro évoluent à la frontière de deux usages. Ce ne sont pas des motos de route classiques, mais en Europe elles doivent souvent être immatriculées, car les pilotes empruntent des routes ouvertes pour rejoindre des pistes forestières, des lieux de course ou des zones d’entraînement. C’est précisément ce qui donne à des modèles comme les KTM EXC et EXC F un avantage commercial. L’acheteur obtient une machine à l’esprit compétition, utilisable également sur la voie publique.

Lorsqu’une moto respecte les règles uniquement dans sa configuration homologuée, mais circule en réalité dans une autre configuration, la réception par type perd une grande partie de son sens. L’affaire rappellera quelque chose à ceux qui ont suivi les scandales de l’industrie automobile. Le parallèle avec le Dieselgate n’est pas techniquement exact, car ce dossier ne porte pas sur un logiciel détectant un cycle d’essai. Il concerne des modifications physiques et logicielles présumées après l’homologation. La logique reste toutefois proche. Le cadre réglementaire et l’usage réel ne coïncident pas.

Des essais en laboratoire ont mesuré plus de pollution et plus de bruit

Selon une étude indépendante commandée par l’ICCT, une KTM EXC 300 Enduro débridée s’est révélée plus de dix fois plus polluante et environ deux fois plus bruyante que les limites autorisées par la réception par type européenne des motos. El País a rapporté que certaines valeurs mesurées, dont les émissions de monoxyde de carbone et de particules, dépassaient les limites légales jusqu’à 20 fois.

Sur le plan technique, cela ne devrait surprendre personne. Retirer le catalyseur, interrompre le fonctionnement de la sonde lambda et recalibrer la gestion moteur pour enrichir le mélange augmente la vigueur du moteur, mais aussi les hydrocarbures imbrûlés, le monoxyde de carbone et les particules. En usage enduro, cela signifie une réponse plus franche à l’accélérateur et une meilleure motricité à basse vitesse. Sur route ouverte, cela signifie davantage de pollution et de bruit.

KTM nie toute faute

KTM AG a répondu le 27 mai 2026 par un communiqué rejetant les accusations et affirmant que tous les modèles d’enduro KTM, Husqvarna et GasGas quittent l’usine dans un état homologué et conforme à un usage routier. KTM ajoute qu’un concessionnaire peut transformer une moto pour la compétition ou le tout-terrain à la demande du client uniquement après l’achat, mais que celui-ci doit alors comprendre que la moto perd son droit de circuler sur la voie publique.

Le constructeur met aussi en avant l’échelle du phénomène. Les modèles d’enduro représentent environ 3 % des ventes mondiales de KTM. Il affirme en outre que les motos d’enduro parcourent peu de kilomètres chaque année et que leur impact global en CO2 reste faible par rapport aux motos routières.

Cette défense répond à une partie de la question, mais pas à la contradiction centrale. Si les déclarations des concessionnaires et les enregistrements réalisés en caméra cachée se révèlent exacts, l’attention se déplace de la sortie d’usine vers le réseau de vente. Le constructeur a-t-il simplement vendu une moto légale, ou a-t-il sciemment contribué à créer un processus rendant la moto illégale après son homologation ?

Les autorités pourraient être mises sous pression

À ce stade, aucun régulateur européen n’a publiquement accusé KTM d’avoir enfreint les règles sur les émissions ou la réception par type. Autocar India a souligné que les accusations en restent au stade de l’enquête et que KTM nie toute faute.

DeSmog indique néanmoins que les autorités françaises et allemandes des transports examinent les conclusions, tandis que la Commission européenne a été informée du rapport de l’ICCT. Si les autorités constatent une infraction, l’affaire pourrait entraîner des amendes, des restrictions de vente, des rappels ou un durcissement des contrôles dans tout le secteur de l’enduro.

Pour l’Europe, l’affaire touche un point sensible

À côté de l’automobile, le marché européen de la moto n’est pas le principal problème en matière d’émissions. Mais le secteur de l’enduro repose fortement sur la confiance. L’acheteur veut une moto puissante et légère. L’administration veut une machine conforme à un usage routier. Le constructeur veut vendre les deux promesses à la fois. Si les affirmations des enquêteurs résistent à l’examen, l’affaire KTM montre à quel point ce compromis est fragile.

L’enjeu est également important sur le plan concurrentiel. KTM a construit son image pendant des années autour de la formule « Ready to Race » et a dominé l’enduro et le tout-terrain avec Husqvarna et GasGas. Si la marque perd la confiance en Europe, Beta, Sherco, Honda, Yamaha et d’autres constructeurs pourraient en profiter en mettant en avant une homologation plus propre et un processus de vente plus transparent.

Un scandale au pire moment

La situation financière récente de KTM rend l’affaire plus sensible encore. Reuters a rapporté en mai 2025 que l’indien Bajaj Auto prendrait le contrôle de KTM au moyen d’un plan de dette de 800 millions d’euros destiné à aider le constructeur autrichien à sortir de sa restructuration. Avant cela, KTM avait fait face à de graves problèmes de liquidités et à une réorganisation sous supervision judiciaire.

Le scandale des émissions n’est donc pas seulement un risque technique ou juridique. Il constitue aussi un problème de réputation et un enjeu commercial au moment où KTM doit reconstruire son approvisionnement, ses volumes de vente, la confiance de son réseau et celle de ses clients. Si une enquête officielle confirme les accusations, Bajaj pourrait hériter non seulement d’un fardeau financier, mais aussi d’un problème de crédibilité européenne en matière de réception par type.

Résumé technique

L’enquête porte sur au moins 16 modèles d’enduro KTM, Husqvarna et GasGas.

Les accusations visent des configurations homologuées que des concessionnaires auraient ensuite débridées.

Les modifications présumées pourraient inclure la déconnexion de la sonde lambda, la suppression ou le remplacement du catalyseur et le recalibrage de la gestion moteur.

Un essai commandé par l’ICCT a montré qu’une KTM EXC 300 Enduro débridée dépassait largement les limites d’émissions et de bruit.

KTM nie toute faute et affirme que toutes ses motos quittent l’usine en configuration homologuée pour la route.


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