Rivian sous pression, la NHTSA enquête sur la suspension arrière de 114 922 R1S et R1T
L’autorité américaine de sécurité routière NHTSA a ouvert une enquête préliminaire visant les Rivian R1S et R1T, soit 114 922 véhicules. Le sujet ne concerne ni la batterie ni le logiciel, mais un élément mécanique bien plus classique : la biellette de pincement de suspension arrière, chargée de maintenir la roue alignée. Elle pourrait, selon les signalements, se désolidariser de sa fixation en roulant et déporter brutalement le véhicule de sa trajectoire.
Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un rappel de 115 000 véhicules.
Selon le document de la NHTSA, l’agence a ouvert l’évaluation préliminaire PE26004. Elle porte sur les R1S et R1T des années-modèles 2022 à 2025, soit 114 922 exemplaires au total. Une enquête préliminaire peut déboucher sur un rappel, mais la NHTSA cherche pour l’instant à déterminer si le problème dépasse une défaillance liée à une ancienne procédure d’intervention de Rivian.
Deux plaintes de propriétaires sont à l’origine de l’enquête. Dans les deux cas, les conducteurs ont décrit une séparation de l’articulation de la biellette de pincement arrière gauche en roulant, entraînant une embardée du véhicule sur plusieurs voies. L’un des incidents s’est terminé par une collision avec un autre véhicule et une glissière en bord de route. D’après la NHTSA, les deux cas examinés n’ont causé ni blessé ni décès.
Cette petite pièce peut modifier instantanément le comportement de la voiture.
La biellette de pincement de suspension arrière est le bras de commande qui maintient l’angle directionnel de la roue. Elle détermine la façon dont la roue arrière s’inscrit par rapport à l’axe longitudinal du véhicule. Si le bras ou sa fixation cède, la roue arrière perd sa géométrie précise et un véhicule électrique lourd peut soudainement se mettre à se déporter latéralement.
Dans le cas de Rivian, le poids et les performances des véhicules rendent le sujet plus sensible. Les R1T et R1S ne sont pas des voitures électriques ordinaires. Ce sont de grands modèles d’aventure à quatre roues motrices, dotés d’une lourde batterie, capables de tracter des remorques et souvent utilisés sur des surfaces dégradées. Rivian indique que le R1T Gen 2 peut tracter jusqu’à 3 493 kg ou 4 990 kg, selon la batterie et la chaîne de traction, tandis que le R1S peut tracter jusqu’à 3 493 kg. Dans cette catégorie de charge, la suspension arrière doit encaisser des chocs verticaux, mais aussi d’importants efforts latéraux.
Rivian avait déjà rappelé 19 641 véhicules en janvier.
Un précédent rappel existe déjà en arrière-plan. Selon le rappel NHTSA de janvier 26V003, le problème concernait 19 641 Rivian, précisément 7 031 R1S et 12 610 R1T. Ces véhicules avaient fait l’objet d’une intervention au cours de laquelle l’articulation de biellette de pincement arrière avait été démontée puis remontée selon l’ancienne procédure. Rivian a commencé à appliquer une méthode mise à jour le 10 mars 2025.
La description du rappel était directe. Une articulation réassemblée selon l’ancienne procédure pouvait subir des charges non prévues, la biellette de pincement pouvait ensuite se désolidariser en roulant et le risque d’accident pouvait augmenter sans avertissement préalable. Rivian a décidé un rappel volontaire le 26 décembre 2025 et a indiqué qu’il remplacerait gratuitement les boulons de biellette de pincement potentiellement concernés selon la procédure mise à jour.
La NHTSA veut désormais savoir si le problème se limite aux véhicules mal remontés lors d’une intervention, ou s’il révèle une sensibilité plus large de la suspension arrière de la plateforme R1. L’agence examine la durabilité du composant en conditions routières et lors des opérations d’entretien, compare les traces physiques de rupture issues des deux incidents, évalue la procédure de réparation actuelle de Rivian et contrôle l’état des biellettes de pincement sur des véhicules déjà en circulation.
Rivian conteste l’hypothèse d’un défaut de conception.
Selon Reuters, Rivian affirme que ses données internes montrent que l’articulation de biellette de pincement du R1 fonctionne comme prévu. Le constructeur ajoute coopérer avec l’enquête préliminaire de la NHTSA, mais indique que son propre examen ne montre pas que les deux plaintes de propriétaires prouvent un défaut de conception de l’articulation.
Cette distinction est importante. Si la NHTSA identifie un risque de conception systémique, l’entreprise pourrait faire face à un rappel beaucoup plus vaste. Si l’agence conclut que le problème découle d’une ancienne erreur de maintenance ou de cas isolés, l’impact sera plus limité. Pour l’instant, il s’agit toujours d’une enquête, et non d’un rappel confirmé de 114 922 véhicules.
Pour l’Europe, Rivian paraît lointain, mais l’enseignement est proche.
Les R1S et R1T ne sont pas officiellement commercialisés à grande échelle en Europe. La page d’assistance de Rivian indique que les réservations sont actuellement limitées aux États-Unis et au Canada. L’enquête concerne donc surtout les propriétaires nord-américains, pas les clients entrant dans des concessions européennes.
Le dossier envoie toutefois un message clair à l’Europe. Les grands SUV et pick-up électriques posent une nouvelle difficulté. La batterie ajoute du poids, les moteurs délivrent leur couple instantanément et les modes tout-terrain sollicitent les suspensions dans des conditions qu’un SUV premium ordinaire rencontre rarement. Le Mercedes-Benz G 580 avec technologie EQ, le Range Rover Electric, le Volvo EX90 et les futurs véhicules utilitaires électriques devront tous démontrer que leur durabilité mécanique suit le rythme de la réponse brutale des chaînes de traction électriques.
Le calendrier tombe mal pour Rivian.
Rivian a besoin de confiance en ce moment. L’entreprise a produit 42 284 véhicules en 2025 et en a livré 42 247, mais son récit de croissance dépend de plus en plus du R2, moins cher. En avril 2026, Rivian a déclaré avoir lancé la production de véhicules R2 commercialisables et livré les premiers exemplaires à ses employés, les livraisons aux clients devant suivre prochainement.
C’est pourquoi l’enquête sur la suspension arrière touche la marque à un moment délicat. Les R1T et R1S ont construit la réputation de Rivian autour de véhicules électriques robustes, puissants, technologiques et réellement capables en tout-terrain. Si un doute persiste sur la durabilité de leurs biellettes de pincement ou de leurs fixations, l’effet ne s’arrête pas aux propriétaires actuels. Il affecte aussi la crédibilité du R2, car ce modèle plus petit et moins cher doit faire passer Rivian du statut de marque de niche à celui de constructeur de plus grande envergure.
Synthèse technique.
L’évaluation préliminaire PE26004 de la NHTSA couvre 114 922 Rivian R1S et R1T des années-modèles 2022 à 2025.
L’enquête porte sur la biellette de pincement de suspension arrière, le bras de commande qui maintient l’alignement de la roue arrière.
Deux plaintes de propriétaires décrivent la séparation de l’articulation de biellette de pincement arrière gauche, dont un cas s’est terminé par une collision.
En janvier, Rivian a rappelé 19 641 véhicules en raison d’une procédure d’intervention concernant le même composant.
Un rappel de 114 922 véhicules n’est pas confirmé. La NHTSA évalue toujours l’ampleur du problème.