MG vise sa première usine en Europe continentale, en Espagne, alors que la guerre des prix des électriques chinoises devient industrielle
MG, ou SAIC Motor, prévoit de construire sa première usine de production en Europe continentale en Galice, en Espagne. Avec un investissement d’environ 200 millions d’euros, un démarrage prévu en 2028 et une capacité annuelle pouvant atteindre 120 000 voitures, l’enjeu dépasse largement l’ouverture d’un site supplémentaire. Pour le constructeur chinois, c’est une réponse aux droits de douane européens, aux risques sur la chaîne d’approvisionnement et aux pressions politiques. Si exporter des voitures vers l’Europe devient trop coûteux, il faut les produire sur place.
MG revient en Europe comme constructeur
L’usine devrait voir le jour entre Ferrol et As Pontes. La construction pourrait commencer en 2027, pour une mise en production en 2028, à condition que le gouvernement central espagnol approuve l’investissement étranger. La première phase représente environ 200 millions d’euros, tandis que la seconde doit porter la capacité annuelle à 120 000 voitures.
Selon MG, le projet constitue une étape clé de la stratégie de la marque baptisée « In Europe, For Europe ». Le site doit réunir production de véhicules, développement, approvisionnement en composants et logistique, tout en créant environ 2 000 emplois en Europe. Des sources locales espagnoles avancent un total pouvant atteindre 2 300 emplois, dont environ 1 000 postes directs.
Il ne s’agit pas seulement d’une expansion, mais aussi d’une stratégie douanière
La décision de MG intervient alors que l’Union européenne applique des droits compensateurs aux véhicules électriques à batterie fabriqués en Chine. Dans la décision finale de la Commission européenne, le groupe SAIC s’est vu imposer un droit additionnel de 35,3 %, qui s’ajoute au droit d’importation habituel de 10 % sur les voitures. MG est donc particulièrement sous pression, puisque SAIC a écopé de l’un des taux les plus élevés parmi les constructeurs chinois.
C’est la véritable logique du projet galicien. Si MG produit à l’intérieur de l’Union européenne, la marque ne vend plus seulement une voiture électrique bon marché importée de Chine. Elle peut se présenter comme un acteur industriel local. Cela ne règle pas automatiquement toutes les questions liées aux règles d’origine, aux composants et à la chaîne d’approvisionnement des batteries, mais cela réduit la vulnérabilité politique et renforce la position de la marque auprès des clients et des autorités en Europe.
La Galice n’a pas été choisie au hasard
La Galice offre à MG trois avantages concrets : une logistique atlantique, un accès à la base industrielle espagnole et portugaise, et un contexte politique favorable à un grand nouveau projet industriel. Ferrol dispose d’un port, As Pontes a un passé industriel, et l’Espagne est déjà en train de devenir une tête de pont européenne importante pour les constructeurs chinois. Reuters souligne que Chery et EBRO prévoient eux aussi une production à Barcelone, sur l’ancien site Nissan, avec l’objectif d’atteindre 150 000 voitures par an d’ici 2029.
Cela signifie que l’Espagne ne rivalise plus seulement avec l’Allemagne, la France ou l’Italie en tant qu’un des anciens centres automobiles de l’Europe. Le pays se positionne aussi sur la prochaine génération de production de voitures électriques, aidé par ses ports, ses coûts de main-d’œuvre et ses soutiens à l’investissement.
120 000 voitures par an, c’est une capacité mesurée, pas gigantesque
L’objectif de 120 000 voitures par an paraît conséquent, mais à l’échelle de l’industrie automobile européenne, il s’agit davantage d’une usine de taille intermédiaire que d’un géant. À titre de comparaison, le projet Chery et EBRO en Espagne vise 150 000 voitures par an.
Cela suggère que MG ne construit pas, dans un premier temps, une méga-usine européenne. SAIC met plutôt en place un point d’ancrage stratégique, qui lui permettra de maîtriser la production, de raccourcir la chaîne d’approvisionnement, de réagir plus vite au marché et d’augmenter ensuite les capacités si nécessaire. L’investissement de 200 millions d’euros reste lui aussi modeste pour une usine automobile, surtout en comparaison des sites de production complets de véhicules électriques ou des projets de batteries qui se chiffrent en milliards.
MG a besoin d’inspirer confiance en Europe
MG a progressé rapidement en Europe, mais son image reste complexe. D’un côté, la marque propose des modèles électriques et hybrides abordables comme les MG4, MGS5 EV, MGS6 EV, MG HS Hybrid Plus et Cyberster. De l’autre, elle doit encore démontrer qu’elle n’est pas simplement une marque chinoise d’exportation sous un badge britannique. Un troisième sujet pèse aussi sur l’entreprise : parmi les voitures d’origine chinoise actuellement en vente, la réputation de MG en matière de qualité n’est guère la plus solide.
Une production locale pourrait changer cette perception. Si MG parvient à fabriquer des voitures de bonne qualité en Europe, à recourir davantage à des fournisseurs locaux et à associer le développement à des partenaires européens, la marque paraîtra psychologiquement moins lointaine aux yeux des acheteurs. Les constructeurs japonais et coréens ont suivi une trajectoire comparable : d’abord le prix, ensuite l’usine, puis la confiance.
La concurrence arrive de toutes parts
MG n’est pas seul dans l’expansion chinoise en Europe. Selon une synthèse de Reuters, le groupe Geely est le premier constructeur lié à la Chine en Europe, avec 2,5 % des nouvelles immatriculations. SAIC suit avec 2,4 %, BYD avec 2,2 %, et les marques Omoda et Jaecoo de Chery avec environ 2,0 %. Dans le même temps, BYD, Chery, FAW Hongqi, Leapmotor et d’autres cherchent aussi des solutions de production ou de partenariat.
Les constructeurs européens se retrouvent ainsi dans une position difficile. Volkswagen, Renault, Stellantis et Ford ne sont plus seulement confrontés à des voitures chinoises importées. Ils devront de plus en plus affronter des marques chinoises produites en Europe, potentiellement avec des structures de coûts plus basses, des cycles produits plus rapides et une solide technologie de batteries.
La politique européenne retrouve désormais sa propre logique
Les droits de douane de l’Union européenne visaient à protéger l’industrie locale contre des importations jugées injustement subventionnées. Si les constructeurs chinois répondent en construisant des usines en Europe, un paradoxe apparaît. Les droits peuvent réduire la pression tarifaire exercée par les voitures importées de Chine, tout en accélérant dans le même temps l’installation industrielle durable des constructeurs chinois en Europe.
Sur le plan industriel, l’Europe peut en bénéficier si ces nouvelles usines créent des emplois, utilisent des fournisseurs locaux et paient leurs impôts en Europe. En termes de concurrence, en revanche, la pression devient encore plus forte. Une MG produite localement peut être plus acceptable politiquement qu’une MG importée de Chine, tout en restant très agressive sur les prix.
Des questions essentielles restent ouvertes
L’annonce de MG se veut assurée, mais plusieurs points importants restent sans réponse. D’abord, le projet doit encore être approuvé par le gouvernement central espagnol. Ensuite, on ne sait pas encore quels modèles seront assemblés en Galice. Enfin, MG n’a pas expliqué quelle part des composants et des batteries viendra réellement d’Europe, ni ce qui restera lié à la chaîne d’approvisionnement chinoise.
C’est ce dernier point qui déterminera le véritable degré d’européanisation de la production de MG. Assembler une voiture en Europe est une chose. Créer une chaîne de valeur locale pour les batteries, l’électronique de puissance, les logiciels et les composants critiques en est une autre, d’un tout autre niveau.
Pour les acheteurs européens, cela signifie plus de choix et une pression accrue sur les prix
Si l’usine galicienne démarre comme prévu en 2028, MG pourrait bénéficier d’un nouvel avantage prix en Europe. Une production locale réduirait les risques logistiques, rendrait l’environnement douanier plus facile à gérer et permettrait d’adapter plus rapidement les modèles aux équipements, aux règles de sécurité et aux préférences des acheteurs européens.
Pour les consommateurs, cela devrait probablement se traduire par davantage de modèles électriques et hybrides à des prix compétitifs. Pour les constructeurs européens, cela signifie un terrain de jeu moins confortable. MG pourrait ne plus être seulement un importateur meilleur marché. La marque pourrait devenir un rival local, avec une usine locale, des salariés locaux et une gamme pensée pour le marché européen.
Résumé technique
MG, ou SAIC Motor, prévoit de construire sa première usine de production en Europe continentale en Galice, en Espagne.
L’investissement s’élève à environ 200 millions d’euros.
La production devrait démarrer en 2028, tandis que la construction pourrait commencer en 2027 après les autorisations nécessaires.
Après la deuxième phase, la capacité de production prévue atteindra jusqu’à 120 000 voitures par an.
Le projet pourrait créer entre environ 2 000 et 2 300 emplois, selon la méthode de calcul.
L’arrière-plan stratégique est clair : les voitures électriques fabriquées en Chine par SAIC sont soumises à un droit compensateur supplémentaire de 35,3 % dans l’Union européenne.