1/58
Renault ressuscite la 8 Gordini sous la forme d’un coupé électrique à propulsion de 199 kW
Renault a ressorti la Renault 8 Gordini de l’un des chapitres les plus passionnants de son histoire pour en faire quelque chose de bien plus intéressant qu’un énième concept-car néorétro. La nouvelle Renault 8 Gordini Concept est un coupé électrique biplace de 199 kW dont la carrosserie basse, les roues de dimensions différentes et la poupe fortement soulignée réinterprètent le modèle sportif à moteur arrière des années 1960 dans l’esprit d’une voiture de rallye moderne.
À ce stade, Renault ne promet pas de modèle de série. Ce concept, conçu comme un projet de design, poursuit le travail de réinterprétation de modèles historiques amorcé avec la Renault 5 Diamant et le restomod électrique R17. Renault dévoilera la voiture au Renault Carwalk le 24 septembre, avant de l’exposer au Mondial de l’Auto de Paris du 12 au 18 octobre.
199 kW au lieu de 70 kW
La Renault 8 Gordini d’origine est arrivée sur le marché en 1964. Installé à l’arrière, son moteur développait 95 ch, soit environ 70 kW, et transmettait sa puissance aux roues arrière. La voiture s’est forgé la réputation d’une machine rapide exigeant une réelle maîtrise de la part de son conducteur, et a contribué à former toute une génération de pilotes français.
L’importance de la Gordini ne tenait pas seulement au fait qu’elle était une Renault 8 plus puissante. Renault a associé le nom d’Amédée Gordini à une version sportive d’une voiture de grande série à une époque où l’essor des GTI était encore distant d’une dizaine d’années. Sa carrosserie bleue et ses deux bandes blanches l’ont rapidement rendue reconnaissable.
Le nouveau concept conserve la propulsion et porte la puissance à 199 kW. Renault n’a communiqué ni la capacité de la batterie, ni le couple, ni le poids, ni l’accélération, ni l’autonomie. C’est une limite importante : la 8 Gordini Concept a l’apparence d’une voiture de sport électrique aboutie, mais reste pour l’heure, sur le plan technique, avant tout une étude de style.
Le choix de 199 kW n’en demeure pas moins intéressant. La Renault 5 Turbo 3E pousse la logique à l’autre extrême avec son groupe motopropulseur électrique de 397 kW. La Gordini Concept ne cherche pas à la surpasser, mais se positionne plutôt, du moins dans son principe, comme une voiture de sport plus légère et plus simple.
Renault transforme une berline quatre portes en coupé biplace
La Renault 8 des années 1960 était une berline quatre portes aux formes carrées. La nouvelle Gordini étire cette même idée de base pour en faire un coupé deux portes bas et large.
Le concept mesure 4,12 mètres de long, 1,88 mètre de large et seulement 1,27 mètre de haut. Renault utilise des roues de 19 pouces à l’avant et de 20 pouces à l’arrière. Les roues arrière plus grandes déplacent visuellement le centre de gravité de la voiture vers la poupe et soulignent son architecture à propulsion.
Renault ne s’est pas contenté de redessiner l’ancienne voiture à une échelle supérieure. La proue et la poupe presque symétriques du modèle d’origine ont laissé place à une silhouette cunéiforme plus marquée, à de larges passages de roue et à un habitacle surbaissé. À l’arrière, la carrosserie s’incline légèrement vers le bas, une caractéristique absente de la Renault 8 historique.
Le lien le plus évident avec l’ancienne voiture se trouve dans les détails. Renault a conservé les passages de roue carrés et la ligne caractéristique qui traverse le milieu de la carrosserie, mais utilise désormais cette dernière pour diriger l’air vers une prise d’air.
La face avant est dépourvue de calandre. Elle reçoit à la place six éléments lumineux ronds évoquant des phares additionnels de rallye. Lorsqu’ils sont éteints, les feux arrière se fondent presque entièrement dans la carrosserie.
Les bandes blanches de la Gordini ne sont plus de simples autocollants
Les deux bandes blanches de la Renault 8 Gordini d’origine sont devenues la signature du modèle. Le concept reprend ce motif de manière bien plus ambitieuse.
Ces bandes ne sont pas de simples éléments graphiques appliqués sur la carrosserie bleue. Renault s’en est servi pour dessiner plusieurs éléments de la voiture, notamment la grille à la base du pare-brise et la signature graphique des feux arrière. La ligne se prolonge dans l’habitacle, passant progressivement du blanc au bleu sur la partie supérieure de la planche de bord.
La peinture bleue renvoie elle aussi au Bleu de France historique. Renault utilise une finition à trois couches, avec un pigment nacré et un liant teinté de bleu, afin de donner davantage de profondeur à la carrosserie sous la lumière et de mieux faire ressortir ses surfaces sculptées.
La typographie Gordini s’inspire de celle de la voiture de 1964. Renault a également ajouté un nouvel emblème « 8 » composé de huit segments.
Ici, « café racer » signifie en faire moins, pas plus
Renault cite la philosophie « café racer », bien connue dans l’univers de la moto, parmi les points de départ de ce design. L’idée n’est pas de surcharger une voiture classique d’ornements, mais de supprimer le superflu pour laisser apparaître les formes, les matériaux et les fonctions.
Renault a ainsi dissimulé certains raccords conventionnels entre les panneaux de carrosserie. La ligne de découpe habituelle du capot, par exemple, n’est pas visible, car le panneau entier peut être retiré d’un seul tenant, comme sur une voiture de course.
La baguette latérale chromée de l’ancienne voiture ne réapparaît pas non plus sous la forme d’un élément décoratif distinct. Les designers l’ont transformée en une ligne tendue directement intégrée à la carrosserie.
C’est une approche rafraîchissante pour une voiture néorétro. Trop souvent, faire renaître un modèle historique consiste à agrandir ses anciens attributs et à les greffer sur une nouvelle carrosserie. La Gordini Concept utilise au contraire les éléments reconnaissables du modèle d’origine comme point de départ.
L’habitacle se passe de tablette géante
La solution la plus intéressante se trouve peut-être dans l’habitacle. Renault n’a pas recouvert la planche de bord d’un immense écran rectangulaire.
À la place, la planche de bord horizontale en aluminium brossé accueille des instruments numériques ronds. Leurs épaisses bordures rappellent le traitement tridimensionnel des optiques avant circulaires.
Renault privilégie l’aluminium apparent et l’Alcantara plutôt que le plastique. Les parties centrales des deux sièges baquets sont recouvertes de velours bleu, en référence aux sièges simples et dépourvus d’appuie-tête de l’ancienne Gordini. Renault n’utilise pas de fibre de carbone dans l’habitacle, bien que ce matériau soit présent sur la carrosserie extérieure.
Un chronomètre doté d’un bouton rouge trône au centre de la planche de bord. C’est un équipement presque ostensiblement désuet dans une voiture électrique, mais il convient mieux à une Gordini qu’un énième sous-menu tactile.
Renault sait quels noms de son histoire faire revivre
La 8 Gordini Concept s’inscrit dans la démarche patrimoniale délibérée menée par Renault ces dernières années. Les Renault 5 et Renault 4 sont déjà revenues sous la forme de voitures électriques de série, tandis que la Renault 5 Turbo 3E transpose un nom historique dans l’univers des sportives électriques extrêmes. Le restomod électrique R17 x Ora Ïto et la Renault 5 Diamant ont quant à eux exploré le même thème sous la forme de concept-cars.
Avec la Gordini Concept, il convient donc d’éviter de conclure automatiquement qu’un coupé électrique de 199 kW sera bientôt commercialisé. Renault présente la voiture comme un projet de design et prévoit de l’installer ultérieurement dans le musée Renault Collections à Flins. Le constructeur prévoit d’ouvrir ce musée dans environ 15 mois.
Mais l’idée elle-même mériterait une production en série. Le marché européen de la voiture électrique se remplit rapidement de SUV, de crossovers et de modèles lourds dotés de grandes batteries. Un coupé sportif électrique bas, compact et à propulsion constituerait une proposition radicalement différente.
Le nom Gordini s’y prête particulièrement bien. Amédée Gordini a bâti sa réputation non pas sur le luxe, mais sur l’optimisation de mécaniques modestes. Si Renault souhaitait un jour produire une voiture électrique dont la valeur résiderait dans son poids, son châssis et son comportement plutôt que dans la taille maximale de ses écrans, le constructeur dispose déjà d’un nom approprié.