Un volant développé avec Toyota peut dialoguer avec les conducteurs et expliquer ses décisions
Des ingénieurs de l’université du Michigan ont travaillé avec Toyota à la mise au point d’un volant qui communique avec le conducteur au moyen de coussins gonflables. Ce dispositif original signale les manœuvres prévues par le système d’aide à la conduite et permet au conducteur de les accepter ou de s’y opposer. Les premiers essais ont montré une conduite plus fluide, moins de freinages et moins de conflits entre le conducteur et le système automatisé.
Un volant qui signale ses intentions
Le volant développé conjointement par l’université du Michigan et le Toyota Research Institute comporte deux zones sensibles au toucher, situées à 10 heures et à 2 heures.
Lorsque le système de conduite semi-automatisée prévoit de tourner à gauche, des chambres à air situées sur le côté gauche du volant se gonflent. Le conducteur peut ainsi percevoir l’intention du système au toucher avant le début de la manœuvre.
S’il n’est pas d’accord avec cette décision, il peut presser les chambres gonflées. Il signale ainsi au système qu’il souhaite emprunter une autre trajectoire. Si le système automatisé juge la manœuvre initiale plus sûre, les chambres à air se mettent à produire des pulsations pour faire comprendre sa préférence au conducteur. Le même dispositif peut aussi avertir de la présence d’obstacles.
Contrairement à un volant vibrant classique, ce système ne se contente pas d’émettre des alertes : il établit une communication à double sens entre le conducteur et l’électronique.
Selon une étude de l’université du Michigan publiée le 1er octobre, cette communication contribue à réduire les situations dans lesquelles le conducteur et le système de direction automatisé tentent simultanément d’orienter la voiture dans des directions différentes.
Les essais ont montré une meilleure coopération
Les chercheurs ont testé le prototype dans un simulateur de conduite. Les participants devaient aborder différents virages et réagir à des obstacles surgissant de façon inattendue.
Par rapport aux systèmes d’alerte classiques, les conducteurs ont suivi une trajectoire plus précise, moins freiné et moins souvent repris la main sur les actions du système automatisé. Ils ont aussi jugé la conduite moins exigeante et moins stressante.
L’effet sur la confiance s’est révélé particulièrement intéressant. Lorsque le système automatisé commettait une erreur, la communication à double sens aidait le conducteur à retrouver plus rapidement confiance dans le système. Les chercheurs ont toutefois observé le risque inverse : une coopération réussie amenait certains participants à accorder trop de confiance à l’électronique.
C’est une limite importante : un système d’aide à la conduite ne devient pas infaillible simplement parce qu’il explique mieux ses intentions.
Les volants à coussins gonflables équiperont-ils des voitures de série ?
Pour l’heure, le dispositif n’existe qu’à l’état de prototype de recherche. L’équipe de recherche a breveté cette technologie aux États-Unis sous le numéro US12227190B2 et cherche des partenaires pour poursuivre son développement.
Sur le marché automobile européen, un tel dispositif pourrait avant tout compléter les systèmes d’aide à la conduite de niveau 2, qui associent régulateur de vitesse adaptatif et maintien actif dans la voie. Ces systèmes exigent toujours du conducteur qu’il reste attentif en permanence et prêt à reprendre le contrôle.
Une mise en œuvre concrète nécessitera néanmoins des essais plus approfondis. Les ingénieurs devront démontrer que les chambres à air fonctionnent de manière fiable dans la circulation réelle, lorsque les conducteurs portent des gants et tiennent le volant de différentes façons. Le mécanisme supplémentaire ne devra pas non plus perturber le fonctionnement de l’airbag ni l’utilisation normale du volant.
L’industrie automobile cherche depuis des années à rendre les systèmes d’aide à la conduite plus intelligents. Les chercheurs du Michigan abordent le problème sous un autre angle : parfois, il ne faut pas une automatisation plus intelligente, mais une meilleure communication entre les personnes et les machines.